Petit historique
En réaction aux progrès scientifiques qui démystifient beaucoup de croyances, le XXe siècle voit émerger une nouvelle forme d'expression des racismes. Jusque-là, les croyances racistes étaient majoritairement basées sur la biologie, mais l'avancée en génétique a rapidement démontré que le concept de "race" en biologie n'avait strictement aucun sens en dehors du lexique de l'élevage et de la sélection artificielle.
Les racistes se sont rabattus sur d'autres hypothèses fabriquées pour justifier leurs croyances infondées : ce n'est plus une question de gènes, mais d'ethnie, de culture. Pour les distinguer du concept devenu minoritaire de race biologique, la sociologie a désigné ces nouvelles catégorisations servant à justifier le racisme sous l'expression "races sociales".
Les races sociales
Contrairement aux hypothèses génétiques, les tentatives de légitimation des racismes les plus répandues aujourd'hui parlent de différences culturelles, d'impossibilité de cohabitation. Pour cette raison, les catégorisations raciales varient dans le temps. Par exemple les italien⋅nes et les portugais⋅es, aujourd'hui largement considéré⋅es comme blanc⋅hes, ont longtemps été victimes de racisme systémique. Les Roms, bien que d'origines et de cultures variées, sont victimes de racisme dans le monde entier. Ce sont des populations racisées, c'est à dire qui sont désignées dans la société par leur appartenance à une race sociale.
L'antisémitisme est un racisme
Encore aujourd'hui, beaucoup de gens confondent judéité et judaïsme. Le judaïsme est l'appartenance à la religion juive, la judéité renvoie à l'appartenance culturelle au peuple juif. La proximité lexicale des deux termes explique cette confusion, mais elle est malgré tout nécessaire : de la même façon que le terme "musulman⋅e" porte des notions sociales plus larges que la seule appartenance religieuse, ou que la chrétienté est très largement désignée comme un "socle culturel" de l'Occident, les juif⋅ves sont perçu⋅es comme une race sociale distincte avec ou sans pratique religieuse.
L'antisémitisme est donc pour les juif⋅ves ce que l'islamophobie est pour les musulman⋅es : un ensemble de stéréotypes basés avant tout sur une racialisation des populations, essentialisées par la société de par leur communauté culturelle.
Le rôle de l'anti-racisme blanc
Pour lutter contre les racismes en tant que blanc⋅hes, il faut partir du principe qu'on a nécessairement des biais racistes que l'on doit identifier. C'est parfois compliqué d'y arriver dans notre coin, mais heureusement on a des ressources et des indices pour s'éduquer. Par exemple, quand une personne racisée (donc victime de racisme, apte à l'identifier) nous dit que nos propos ou nos comportements sont racistes, la première chose à faire est d'identifier ce qui a motivé cette réflexion. La chose à ne pas faire est de chercher des justifications pour démontrer que cette personne a tort.
Dans le pire des cas, si on est incapable d'identifier seul⋅e le problème dans nos comportements et nos propos, on peut demander à la personne qui a pointé ce problème de nous l'expliquer, tout en gardant en tête que cette personne ne nous doit aucune explication : si elle refuse, ça n'invalide pas sa remarque, ça vous renvoie seulement la charge d'éducation.
De la même façon, si deux personnes racisées sont présentes, l'une d'elles pointant un problème dans vos propos et l'autre tentant de vous rassurer, ne cherchez pas refuge dans la défense de la deuxième pour vous décharger de la nécessité de comprendre la réaction de la première : c'est une forme de tokénisme.
Rapport avec l'actu
Pour toutes ces raisons, je supplie les blanc⋅hes, qui ne comprennent pas pourquoi @scudery et d'autres qualifient l'agression de Barbara Butch comme un acte antisémite, de chercher à comprendre pourquoi cet acte est raciste au lieu de chercher à le justifier. Vous avez de la chance, vous n'avez pas besoin de vous éduquer seul⋅es, elle peut vous aider à trouver des ressources pour comprendre et identifier vos biais. Et pour le faire moi-même quand j'ai des doutes et que mon inculture m'empêche de voir plus loin, je vous garantis que si vous la contactez pour ça elle sera adorable : c'est tout ce qu'elle espère de vous.
Une chose triste parmi d'autres autour de cette histoire, c'est qu'il y a des personnes à LFI, en particulier des personnes racisées, qui y sont parce qu'elles aiment et se battent pour le programme, parce qu'elles pensent que c'est le seul parti électoraliste de gauche qui a une chance aux présidentielles, et parce qu'elles n'ont pas d'autre espoir d'éviter la catastrophe. Ces personnes doivent sûrement se ronger les ongles en ce moment à voir Mathilde Panot et d'autres étaler avec indécence leur entitlement de bourges blanc⋅hes sur les plateaux TV.